Toute la logique thérapeutique se trouve finalement dans cette distinction. Pendant une phase très douloureuse, il est parfaitement cohérent de protéger davantage le pied.
Mais cette protection doit évoluer avec le patient.
Les corrections les plus importantes sont donc pensées comme des aides temporaires. Certains renforts peuvent notamment être diminués ou retirés après quelques semaines, souvent autour de six à huit semaines, lorsque l’évolution le permet.
Cette progression est très différente d’une logique dans laquelle le patient devrait porter indéfiniment une correction identique.
Les étirements et les exercices restent importants
Les activateurs ne remplacent pas la rééducation. Lorsqu’un triceps sural court participe à la surcharge, récupérer progressivement de la mobilité est important. L’assouplissement du mollet fait alors partie du traitement, afin de diminuer progressivement la tension transmise au fascia pendant la marche.
La reprise de charge doit également être progressive.
Un patient qui ne ressent plus de douleur après quelques jours ne possède pas nécessairement immédiatement un fascia capable de supporter une longue randonnée ou une reprise brutale de la course.
Le retour à l’activité doit respecter la capacité d’adaptation du tissu.
En revanche, l’immobilité prolongée n’est pas davantage l’objectif.
Le tissu doit progressivement retrouver sa capacité à accepter les contraintes normales de la marche, puis celles de l’activité sportive lorsqu’elle est pratiquée.
Attention aux massages lorsque le fascia est très inflammatoire
Il est fréquent de conseiller de faire rouler une balle de tennis ou une balle à picots sous le pied. Cette technique peut être agréable et intéressante dans certaines situations. Mais elle n’est pas adaptée à toutes les phases.
Lorsque le fascia est extrêmement sensible et inflammatoire, une pression répétée directement sur la zone douloureuse peut entretenir son irritation. Dans cette phase, mieux vaut donc rester prudent avec les massages appuyés et privilégier d’abord la diminution des contraintes qui entretiennent la douleur.
Une douleur intense n’est pas nécessairement un tissu qu’il faut « casser »
Une douleur intense n’est pas nécessairement un tissu qu’il faut « casser » ou travailler plus fortement. Elle peut au contraire signaler qu’il est momentanément incapable de supporter davantage de contraintes. Dans cette phase, la priorité consiste à comprendre ce qui entretient la surcharge, à diminuer l’irritation et à permettre au fascia de retrouver progressivement sa capacité à supporter les efforts.
Faut-il arrêter de marcher ?
Pas nécessairement. La fasciite plantaire est une pathologie mécanique dans laquelle la notion de dose de contrainte est fondamentale. Entre continuer exactement les mêmes activités malgré une douleur importante et immobiliser complètement le pied, il existe une voie intermédiaire : adapter temporairement la charge.
Si une longue marche provoque une nette aggravation pendant plusieurs heures ou le lendemain matin, la contrainte était probablement trop importante à ce stade. Il peut alors être préférable de réduire momentanément la distance, puis de l’augmenter progressivement lorsque les symptômes diminuent.
L’objectif n’est donc pas de supprimer durablement les contraintes exercées sur le pied. Il est de retrouver progressivement une quantité de contraintes que le fascia est capable d’accepter.
Cette notion est particulièrement importante pour les sportifs. La disparition de la douleur dans la vie quotidienne ne signifie pas nécessairement que le fascia est immédiatement prêt à supporter une reprise brutale de la course, des sauts ou des changements de direction. La reprise doit être progressive.
Et les chaussures ?
Les chaussures ont évidemment une influence sur les contraintes exercées sur le pied, mais il serait trop simple de considérer qu’il existe une chaussure universellement idéale contre la fasciite plantaire.
Une chaussure très rigide peut limiter certains mouvements et parfois apporter un soulagement temporaire. Une chaussure très souple peut diminuer la sensation d’impact. Mais le confort immédiat ne renseigne pas nécessairement sur la qualité du fonctionnement du pied à long terme.
Dans la logique orthokinésique, la chaussure doit avant tout permettre au pied et, lorsqu’il est utilisé, à l’activateur plantaire de fonctionner correctement.
Le choix dépend donc du patient, de son activité, de son poids, de la sensibilité du pied et de la phase de récupération.
Pendant une période très douloureuse, davantage de confort peut être recherché. Lorsque la situation s’améliore, le pied doit progressivement retrouver sa capacité à fonctionner et à supporter les contraintes normales de la marche.
L’idée n’est donc pas de rechercher en permanence la chaussure qui absorbe tout, mais de trouver un équilibre entre protection, confort et liberté fonctionnelle du pied.