Fasciite plantaire et épine calcanéenne : comprendre la douleur pour mieux la traiter

Christophe Otte
Orthokinésiste
Physiothérapeute, podologue, ostéopathe, posturologue
Fasciite plantaire et épine calcanéenne : comprendre la douleur pour mieux la traiter
La douleur sous le talon est l’un des motifs de consultation les plus fréquents concernant le pied. Elle apparaît parfois progressivement, parfois après une augmentation de la marche, une reprise sportive ou un changement d’activité. Le patient décrit souvent une douleur très précise sous le calcanéum, particulièrement marquée lors des premiers pas du matin ou après une période de repos.

Lorsque cette douleur persiste, une radiographie est parfois réalisée et révèle une épine calcanéenne. L’image est parlante : une petite excroissance osseuse semble sortir du calcanéum. Il devient alors tentant d’établir une relation directe entre ce que l’on voit et ce que ressent le patient : « J’ai mal parce que cette épine appuie sous mon talon. »

La réalité est plus complexe.
 
L’épine calcanéenne peut accompagner une fasciite plantaire, mais elle n’est pas nécessairement responsable de la douleur. Certaines personnes possèdent une épine calcanéenne importante sans ressentir le moindre symptôme. À l’inverse, une fasciite plantaire très douloureuse peut exister sans épine visible.
Cette distinction change profondément la manière d’envisager le traitement.
En orthokinésie, l’objectif n’est donc pas seulement de protéger l’endroit où le patient a mal. Nous cherchons à comprendre pourquoi le fascia plantaire est devenu douloureux et quelles contraintes mécaniques ont conduit à sa surcharge.
C’est là que l’analyse dynamique du pied prend toute son importance.

Le fascia plantaire : bien davantage qu’un tissu sous le pied

Le fascia plantaire, également appelé aponévrose plantaire, est une structure fibreuse très résistante située sous le pied. Il prend notamment son origine au niveau du calcanéum et se dirige vers l’avant-pied et les orteils. Son rôle est essentiel.
Le pied humain n’est pas une structure rigide. À chaque pas, il doit être capable de se déformer pour absorber l’impact avec le sol, puis de se rigidifier suffisamment pour propulser le corps vers l’avant. Le fascia participe à cette transformation permanente.
Il contribue au maintien de la voûte plantaire, mais surtout à son fonctionnement dynamique. Lors de la propulsion, lorsque le talon se soulève et que les orteils, particulièrement le gros orteil, se redressent, le fascia se met progressivement en tension. Ce mécanisme participe au creusement et à la rigidification du pied.
On peut comparer le pied à un ressort.
Lorsqu’il arrive au sol, il doit pouvoir s’écraser suffisamment pour absorber une partie de l’énergie. Puis il doit se retendre pour restituer cette énergie et permettre la propulsion.
Le fascia plantaire participe à ce mécanisme.
Tant que les différentes structures du pied travaillent harmonieusement, les contraintes restent tolérables. Mais lorsque certaines structures ne remplissent plus correctement leur fonction, le fascia peut être contraint de compenser. C’est alors que les problèmes commencent.
 

Qu’est-ce qu’une fasciite plantaire ?

La fasciite plantaire correspond à une souffrance du fascia plantaire. Elle apparaît notamment lorsque ce tissu est soumis de manière répétée à des tensions supérieures à ce qu’il peut supporter. De petits traumatismes s’accumulent alors progressivement, fragilisent le fascia et peuvent entretenir l’inflammation et la douleur.
Le terme « fasciite » évoque une inflammation. Cette composante inflammatoire peut effectivement être importante, particulièrement dans les phases douloureuses aiguës. Dans les formes chroniques, la problématique tissulaire peut être plus complexe et ne se résume pas à une simple inflammation.
Pour le patient, la conséquence est cependant très concrète : le fascia devient douloureux lorsqu’il est mis en tension ou comprimé.
La douleur se situe fréquemment sous le talon, mais elle peut aussi s’étendre sous la plante du pied et parfois être ressentie plus en avant. Une atteinte du fascia peut ainsi se manifester comme une talalgie, mais également provoquer des douleurs qui ressemblent à une métatarsalgie.
Le lieu où la douleur est ressentie n’indique donc pas toujours à lui seul l’origine mécanique du problème.
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Pourquoi le fascia devient-il douloureux ?

C’est probablement la question la plus importante. Un fascia plantaire ne devient généralement pas douloureux sans raison. Il a été soumis à une quantité de contraintes supérieure à ce qu’il était capable de supporter ou de récupérer. Plusieurs situations peuvent y contribuer.
Une augmentation brutale de l’activité physique, une reprise de la course, de longues périodes debout, une modification des chaussures ou simplement une augmentation inhabituelle de la marche peuvent dépasser temporairement les capacités d’adaptation du pied. Mais il existe également des facteurs biomécaniques.
Le pied doit normalement alterner entre des phases où il devient plus souple et des phases où il se rigidifie. Si cette alternance fonctionne mal, certaines structures doivent travailler davantage pour compenser.
 
C’est précisément ce que nous cherchons à comprendre lors du bilan dynamique OPS.
 

Le problème n’est pas d’avoir un pied plat ou un pied creux

Cette notion est essentielle. Pendant longtemps, l’analyse du pied s’est largement appuyée sur sa forme : pied plat, pied normal ou pied creux.
Mais deux pieds qui se ressemblent en position debout peuvent fonctionner de manière totalement différente pendant la marche.
 
Un pied apparemment plat peut être parfaitement fonctionnel. Un pied présentant une voûte très esthétique peut, au contraire, mal absorber les chocs ou mal se rigidifier pendant la propulsion.
 
En orthokinésie, nous accordons donc davantage d’importance à ce que fait le pied qu’à ce à quoi il ressemble.
Le pied doit pouvoir alterner souplesse et rigidité : s’adapter au sol et absorber les contraintes, puis restituer l’énergie au moment de la propulsion. Cette distinction est fondamentale dans la fasciite plantaire.
 
Car le problème n’est pas nécessairement la hauteur de la voûte. Le problème peut être la manière dont cette voûte se déforme, le moment où elle le fait et la capacité du pied à revenir ensuite vers une position efficace pour la propulsion.
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Lorsque le pied reste trop longtemps en pronation

La pronation est un mouvement normal du pied.
Elle ne doit donc pas être considérée comme une anomalie à supprimer.
 
Lors de l’arrivée du pied au sol, cette mobilité permet au pied de s’adapter au terrain et de participer à l’absorption des contraintes.
Le problème apparaît lorsque cette pronation devient excessive, trop rapide ou se prolonge au mauvais moment.
Lors de la propulsion, le pied doit progressivement retrouver davantage de rigidité. Si l’arrière-pied et la voûte continuent à s’affaisser alors que le talon se soulève, le fascia plantaire peut être fortement sollicité pour participer au verrouillage du pied.
Lorsqu’une pronation excessive persiste pendant la propulsion, la mise en tension du fascia augmente et peut, à force de répétitions, favoriser les microtraumatismes.
 
Autrement dit, la question n’est pas simplement :
« Le patient a-t-il un pied pronateur ? »
 
Mais plutôt :
« Son pied prononce-t-il normalement au bon moment, puis est-il capable de se rigidifier lorsque cela devient nécessaire ? »
Cette nuance explique pourquoi l’analyse de la marche est particulièrement intéressante.
 

Et l’épine calcanéenne ?

L’épine calcanéenne impressionne souvent davantage que la fasciite elle-même. Pourtant, sa présence ne signifie pas nécessairement qu’elle est responsable de la douleur.
 
Des tractions répétées au niveau de l’insertion du fascia sur le calcanéum peuvent, avec le temps, s’accompagner de remaniements et d’une calcification. C’est cette modification osseuse que l’on voit sur la radiographie sous la forme d’une épine calcanéenne.
Une fois constituée, elle peut rester visible même après disparition complète des symptômes.
C’est un élément extrêmement important à expliquer au patient.
Guérir ne signifie donc pas nécessairement faire disparaître l’épine.
 
L’objectif thérapeutique est avant tout de faire disparaître la souffrance tissulaire et de réduire les contraintes mécaniques qui entretiennent la douleur.
Cela explique aussi pourquoi une épine parfois impressionnante sur une radiographie peut être totalement indolore. Sa taille et la douleur ressentie ne vont pas nécessairement de pair.
L’image radiologique et la douleur doivent donc être distinguées.
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Pourquoi simplement amortir le talon ne suffit pas toujours

Lorsqu’un patient souffre sous le talon, le premier réflexe paraît logique : mettre quelque chose de mou sous la zone douloureuse. Cela peut être utile.
Pendant une phase très inflammatoire, diminuer momentanément la pression peut permettre au patient de marcher plus confortablement et donner au tissu le temps de récupérer.
 
Mais si la surcharge provient d’un mauvais fonctionnement dynamique du pied, l’amortissement ne corrige pas nécessairement la cause.
C’est comme placer un coussin sous une pièce mécanique qui travaille de travers : on peut diminuer le bruit et les chocs, mais la mécanique reste identique.
L’approche OPS cherche donc à associer, lorsque cela est nécessaire, protection de la zone douloureuse et modification du fonctionnement du pied.
 
 

Les activateurs plantaires : aider le pied sans chercher à l’immobiliser

C’est ici qu’intervient l’une des particularités de l’approche orthokinésique.
Une semelle orthopédique peut être conçue principalement pour soutenir, caler ou limiter certains mouvements. Cette stratégie peut être utile dans certaines situations, particulièrement lorsque la douleur impose temporairement une protection importante.
 
Mais l’objectif des activateurs plantaires OPS est différent.
Ils cherchent à accompagner le fonctionnement dynamique du pied plutôt qu’à simplement lui imposer une forme.
Les semelles actives sont conçues avec des matériaux élastiques permettant au pied de conserver sa mobilité fonctionnelle. Le principe est d’accompagner le mouvement de la voûte et d’agir sur la manière dont le pied absorbe puis restitue les contraintes. L’activateur plantaire ne cherche donc pas à transformer le pied en une structure rigide : il vise à guider son mouvement tout en préservant sa fonction de ressort.
 
Dans une fasciite plantaire, l’objectif devient alors double :
soulager suffisamment le fascia pour permettre sa récupération, tout en corrigeant le mécanisme dynamique qui contribue à sa surcharge.
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Pourquoi les corrections sont différentes d’un patient à l’autre

Tous les patients présentant une fasciite plantaire ne reçoivent donc pas exactement la même correction.
 
Chez certains, le problème apparaît principalement lorsque le talon arrive au sol.
Chez d’autres, le pied s’affaisse excessivement pendant la phase d’appui.
Chez d’autres encore, le problème apparaît surtout au moment de la propulsion.
 
L’intérêt des activateurs OPS est de pouvoir ajouter ou retirer de petits éléments correcteurs afin d’adapter progressivement leur action.
De petits éléments peuvent être ajoutés, déplacés ou retirés pour agir davantage sur l’arrière-pied, le médio-pied ou l’avant-pied, selon la phase de marche qui pose problème.
 
Pour le patient, il n’est pas nécessaire d’en connaître tous les détails techniques.
 
Ce qu’il faut comprendre est beaucoup plus simple :
nous ne cherchons pas à corriger un pied parce qu’il est plat ou creux. Nous cherchons à corriger le moment précis où son fonctionnement devient insuffisant ou excessif.
 
C’est ce qui justifie une analyse dynamique avant de choisir la correction.
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Décharger l’épine sans arrêter de traiter le pied

Lorsque le talon est très douloureux, il est également possible de créer une petite zone de décharge.
Sur certains dispositifs OPS, la partie située directement sous la région douloureuse peut être retirée afin d’éviter une pression excessive sur l’épine ou sur l’insertion douloureuse du fascia.
 
Avec certains dispositifs, notamment TEDOP, la partie centrale de l’élément talonnier peut être retirée. La zone sensible est ainsi déchargée sans supprimer le reste de la correction. Cette approche permet de ne pas choisir entre deux objectifs.
 
On peut protéger l’endroit douloureux tout en continuant à travailler sur la mécanique responsable de sa surcharge.
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Les sangles OPS : une assistance supplémentaire lorsque le pied en a besoin

Dans certaines situations, l’activateur plantaire seul ne suffit pas.
C’est notamment le cas lorsque la propulsion est très déficiente, lorsque certains muscles sont particulièrement surchargés ou lorsque la douleur est importante.
 
Une sangle élastique peut alors être associée à l’activateur. Il ne s’agit pas d’une contention rigide. La sangle agit davantage comme une assistance élastique au mouvement.
 
On pourrait la comparer à une deuxième main qui accompagne momentanément le pied dans une direction qu’il a du mal à produire seul.
Dans les fasciites plantaires associées à une surcharge importante de la chaîne postérieure, la sangle peut notamment passer derrière la cheville afin d’accompagner la propulsion et de diminuer une partie du travail demandé au triceps sural et au fascia plantaire. Sa tension et son orientation sont adaptées au fonctionnement observé pendant la marche : l’objectif reste d’assister le mouvement déficient sans immobiliser le pied.
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Pour un professionnel découvrant l’orthokinésie, c’est probablement le principe essentiel à retenir :
la sangle ne cherche pas à bloquer le mouvement ; elle cherche à assister temporairement un mouvement déficient.
 
Lorsque la fonction s’améliore, cette assistance peut être diminuée.
 

Soulager n’est pas immobiliser

Toute la logique thérapeutique se trouve finalement dans cette distinction. Pendant une phase très douloureuse, il est parfaitement cohérent de protéger davantage le pied.
Mais cette protection doit évoluer avec le patient.
Les corrections les plus importantes sont donc pensées comme des aides temporaires. Certains renforts peuvent notamment être diminués ou retirés après quelques semaines, souvent autour de six à huit semaines, lorsque l’évolution le permet.

Le traitement peut donc évoluer en plusieurs temps :
protégersoulagerguider → remettre progressivement en charge → redonner de l’autonomie.
 
Cette progression est très différente d’une logique dans laquelle le patient devrait porter indéfiniment une correction identique.


Les étirements et les exercices restent importants

Les activateurs ne remplacent pas la rééducation. Lorsqu’un triceps sural court participe à la surcharge, récupérer progressivement de la mobilité est important. L’assouplissement du mollet fait alors partie du traitement, afin de diminuer progressivement la tension transmise au fascia pendant la marche.
La reprise de charge doit également être progressive.
Un patient qui ne ressent plus de douleur après quelques jours ne possède pas nécessairement immédiatement un fascia capable de supporter une longue randonnée ou une reprise brutale de la course.
Le retour à l’activité doit respecter la capacité d’adaptation du tissu.
 
En revanche, l’immobilité prolongée n’est pas davantage l’objectif.
Le tissu doit progressivement retrouver sa capacité à accepter les contraintes normales de la marche, puis celles de l’activité sportive lorsqu’elle est pratiquée.
 

Attention aux massages lorsque le fascia est très inflammatoire

Il est fréquent de conseiller de faire rouler une balle de tennis ou une balle à picots sous le pied. Cette technique peut être agréable et intéressante dans certaines situations. Mais elle n’est pas adaptée à toutes les phases.
Lorsque le fascia est extrêmement sensible et inflammatoire, une pression répétée directement sur la zone douloureuse peut entretenir son irritation. Dans cette phase, mieux vaut donc rester prudent avec les massages appuyés et privilégier d’abord la diminution des contraintes qui entretiennent la douleur.
 

Une douleur intense n’est pas nécessairement un tissu qu’il faut « casser »

Une douleur intense n’est pas nécessairement un tissu qu’il faut « casser » ou travailler plus fortement. Elle peut au contraire signaler qu’il est momentanément incapable de supporter davantage de contraintes. Dans cette phase, la priorité consiste à comprendre ce qui entretient la surcharge, à diminuer l’irritation et à permettre au fascia de retrouver progressivement sa capacité à supporter les efforts.
 

Faut-il arrêter de marcher ?

Pas nécessairement. La fasciite plantaire est une pathologie mécanique dans laquelle la notion de dose de contrainte est fondamentale. Entre continuer exactement les mêmes activités malgré une douleur importante et immobiliser complètement le pied, il existe une voie intermédiaire : adapter temporairement la charge.
Si une longue marche provoque une nette aggravation pendant plusieurs heures ou le lendemain matin, la contrainte était probablement trop importante à ce stade. Il peut alors être préférable de réduire momentanément la distance, puis de l’augmenter progressivement lorsque les symptômes diminuent.
 
L’objectif n’est donc pas de supprimer durablement les contraintes exercées sur le pied. Il est de retrouver progressivement une quantité de contraintes que le fascia est capable d’accepter.
Cette notion est particulièrement importante pour les sportifs. La disparition de la douleur dans la vie quotidienne ne signifie pas nécessairement que le fascia est immédiatement prêt à supporter une reprise brutale de la course, des sauts ou des changements de direction. La reprise doit être progressive.

Et les chaussures ?

Les chaussures ont évidemment une influence sur les contraintes exercées sur le pied, mais il serait trop simple de considérer qu’il existe une chaussure universellement idéale contre la fasciite plantaire.
Une chaussure très rigide peut limiter certains mouvements et parfois apporter un soulagement temporaire. Une chaussure très souple peut diminuer la sensation d’impact. Mais le confort immédiat ne renseigne pas nécessairement sur la qualité du fonctionnement du pied à long terme.
 
Dans la logique orthokinésique, la chaussure doit avant tout permettre au pied et, lorsqu’il est utilisé, à l’activateur plantaire de fonctionner correctement.
Le choix dépend donc du patient, de son activité, de son poids, de la sensibilité du pied et de la phase de récupération.
Pendant une période très douloureuse, davantage de confort peut être recherché. Lorsque la situation s’améliore, le pied doit progressivement retrouver sa capacité à fonctionner et à supporter les contraintes normales de la marche.
L’idée n’est donc pas de rechercher en permanence la chaussure qui absorbe tout, mais de trouver un équilibre entre protection, confort et liberté fonctionnelle du pied.
 

Pourquoi la douleur revient-elle parfois malgré les traitements ?

C’est une situation très fréquente. Le patient se repose, prend éventuellement un traitement anti-inflammatoire, reçoit des soins locaux, change de chaussures ou bénéficie d’une thérapie physique. La douleur diminue, parfois complètement.
Puis il recommence à marcher davantage ou reprend son activité sportive et la douleur revient. Cela ne signifie pas nécessairement que les traitements précédents étaient inutiles.
 
Ils ont pu agir efficacement sur la douleur ou sur l’irritation du fascia.
Mais si le facteur mécanique qui surchargeait initialement le fascia est toujours présent, la reprise de l’activité remet progressivement le tissu dans les mêmes conditions.
 
C’est précisément la raison pour laquelle l’orthokinésie accorde autant d’importance à l’analyse fonctionnelle.
Il ne suffit pas de constater que le patient souffre sous le talon. Il faut essayer de comprendre comment son pied absorbe le choc, comment il se déforme, comment il se stabilise et comment il propulse le corps.
L’analyse dynamique du pied permet justement de rechercher les anomalies de fonctionnement susceptibles d’entretenir ces tensions.
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Les ondes de choc, infiltrations et autres traitements sont-ils inutiles ?

Non. Il serait incorrect d’opposer systématiquement les différentes approches. Les traitements médicaux, la physiothérapie, les exercices, les techniques manuelles ou les ondes de choc peuvent avoir leur place selon la situation clinique.
La question posée par l’orthokinésie est différente :
avons-nous également identifié ce qui surcharge mécaniquement le fascia ?
 
Une thérapie locale peut favoriser une diminution de la douleur ou stimuler les processus tissulaires. Mais lorsqu’un dysfonctionnement mécanique important persiste pendant chaque pas, il paraît logique de s’intéresser parallèlement à cette contrainte.
Le même raisonnement vaut pour les ondes de choc : agir localement sur le tissu peut être pertinent, mais cela ne dispense pas d’analyser les contraintes dynamiques qui ont participé à son irritation.
 
L’orthokinésie ne cherche donc pas nécessairement à remplacer les autres traitements.
Elle apporte une lecture complémentaire :
traiter le tissu, mais aussi comprendre pourquoi ce tissu souffre.
 
 

Le bilan OPS : regarder le patient marcher plutôt que seulement regarder son pied

Lors d’une douleur plantaire, l’examen local reste indispensable.
Il faut rechercher la localisation précise de la douleur, mettre le fascia en tension, évaluer le calcanéum, observer la mobilité de la cheville et rechercher les autres structures susceptibles d’être responsables des symptômes.
La mise en dorsiflexion des orteils permet notamment de tendre le fascia plantaire et de mieux apprécier sa sensibilité à la palpation. Mais l’analyse ne s’arrête pas là.
Le patient est également observé debout et en mouvement.
L’objectif est de comprendre comment le pied se comporte réellement lorsqu’il doit remplir sa fonction.
 
S’écrase-t-il suffisamment pour amortir ?
S’écrase-t-il au contraire excessivement ?
Est-il trop rigide ?
La pronation se produit-elle au bon moment ?
Le pied retrouve-t-il suffisamment de rigidité lors de la propulsion ?
Le talon fonctionne-t-il correctement ?
La cheville possède-t-elle suffisamment de mobilité ?
Le mollet participe-t-il normalement au mouvement ?
Et surtout : les deux pieds fonctionnent-ils de la même manière ?
 
Ces informations permettent de ne plus traiter uniquement une « épine calcanéenne » ou une « fasciite », mais le fonctionnement particulier du patient qui présente cette pathologie.
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Deux fasciites plantaires peuvent nécessiter deux traitements différents

Prenons deux patients présentant exactement la même douleur sous le talon.
Le premier possède un pied qui s’affaisse excessivement pendant la marche et reste trop longtemps en pronation lors de la propulsion. Son fascia doit participer fortement à la stabilisation du pied.
 
Le second possède au contraire un pied beaucoup plus rigide, qui absorbe mal les contraintes et transmet davantage les impacts.
Ils peuvent tous les deux avoir mal exactement au même endroit.
Ils peuvent même tous les deux présenter une épine calcanéenne sur une radiographie.
Pourtant, leur problème biomécanique n’est pas identique.
Appliquer exactement la même correction aux deux patients serait donc peu logique.
 
C’est pourquoi l’activateur plantaire est personnalisé selon la fonction observée. Les éléments qui le composent peuvent être adaptés afin de modifier la manière dont le pied travaille, et non simplement selon son apparence statique.
C’est probablement l’une des différences fondamentales entre une approche essentiellement morphologique du pied et l’approche dynamique proposée en orthokinésie.
 

L’activateur n’est pas destiné à faire le travail du pied à sa place

Cette notion mérite également d’être expliquée. Lorsqu’un dispositif soulage immédiatement un patient, la tentation pourrait être de conserver indéfiniment exactement la même correction.
 
Mais l’objectif de l’orthokinésie est différent.
L’activateur doit fournir au pied l’assistance dont il a besoin au moment où il en a besoin, tout en conservant autant que possible sa capacité à bouger.
Une semelle active cherche ainsi à guider le pied sans supprimer sa fonction élastique, ni sa capacité à se déformer puis à restituer de l’énergie. Les éléments correcteurs peuvent donc évoluer.
Une correction importante peut être nécessaire au début parce que le patient souffre beaucoup. Puis, lorsque la situation s’améliore, certains éléments peuvent être diminués ou retirés.
De la même manière, une sangle peut être utilisée pendant une période pour assister la propulsion, puis devenir inutile lorsque le pied retrouve une fonction suffisante. Le traitement n’est donc pas un objet figé. C’est un processus de rééducation.
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Le rôle particulier des sangles dans la fasciite plantaire

Les sangles constituent probablement l’un des éléments les plus originaux de cette approche.
Elles permettent d’ajouter une assistance élastique entre l’activateur plantaire et la cheville.
Dans certaines fasciites, particulièrement lorsque la chaîne postérieure est très sollicitée, la sangle peut être placée de manière à accompagner le mouvement de propulsion.
Selon le fonctionnement observé, cette assistance peut être adaptée pour diminuer la surcharge de la chaîne postérieure et accompagner la propulsion.
Pour comprendre simplement son intérêt, on peut faire une comparaison avec le cyclisme.
Sur un vélo classique, le cycliste doit produire seul toute la force nécessaire. Sur un vélo électrique, le moteur ne remplace pas complètement le cycliste : il lui fournit une assistance.
La sangle fonctionne selon une logique comparable.
Elle ne devrait pas supprimer le travail musculaire. Elle apporte temporairement une aide mécanique à un système qui travaille difficilement ou excessivement.
Cette assistance peut être particulièrement intéressante lorsque chaque propulsion reproduit la tension douloureuse.
 

Le traitement OPS évolue avec la guérison

On peut ainsi distinguer plusieurs objectifs successifs. Au début, lorsque le fascia est très sensible, la priorité est de calmer.
Il faut diminuer les contraintes excessives, éventuellement décharger la zone douloureuse et éviter les agressions inutiles.
Lorsque la douleur commence à diminuer, il faut corriger.
L’analyse dynamique permet d’adapter l’activateur afin de réduire le mécanisme qui surchargeait le fascia.
 
Ensuite vient le temps de rééduquer.
La mobilité, la souplesse du triceps sural lorsqu’elle est insuffisante, la force musculaire, la proprioception et la qualité de la marche doivent progressivement être restaurées.
 
Enfin, il faut réexposer.
Le pied doit retrouver progressivement les contraintes de la vie quotidienne, puis celles du sport lorsque le patient en pratique.
On pourrait résumer cette progression en quatre mots :
soulagercorrigerrééduquerautonomiser.
 

Combien de temps faut-il pour guérir ?

Il n’existe malheureusement pas de délai identique pour tous. Une fasciite récente chez une personne ayant rapidement identifié le facteur déclenchant n’a pas la même évolution qu’une douleur installée depuis plusieurs mois ou plusieurs années.
La durée dépend également de l’importance de la surcharge, du niveau d’activité, du poids, de la mobilité du pied et de la cheville, de l’état du fascia et de la capacité du patient à modifier temporairement les activités qui entretiennent ses symptômes. L’ancienneté de la douleur est également importante.
 
Plus un problème mécanique persiste longtemps, plus le corps peut développer des stratégies de compensation. Le patient commence parfois à éviter inconsciemment le talon, à charger davantage l’autre pied ou à modifier sa démarche.
La prise en charge ne consiste alors plus uniquement à calmer un fascia.
Il faut aussi progressivement faire disparaître les compensations installées autour de lui.
 
C’est pourquoi l’amélioration de la douleur et la récupération complète de la fonction ne surviennent pas nécessairement au même moment.

Une épine calcanéenne doit-elle être opérée ?

La présence d’une épine sur une radiographie ne constitue pas, à elle seule, une raison suffisante pour considérer qu’elle doit être supprimée.
La première question doit rester clinique :
est-elle réellement responsable des symptômes ?
Une épine peut rester parfaitement visible sur la radiographie alors que la fasciite a disparu et que le patient ne ressent plus de douleur.
 
Cette observation permet de changer complètement la manière dont le patient regarde sa radiographie.
L’objectif n’est pas forcément d’obtenir une image radiologique « normale ».
L’objectif est de retrouver un pied indolore et fonctionnel.
 
Dans les situations atypiques, résistantes ou présentant des signes inhabituels, un avis médical et des examens complémentaires restent naturellement nécessaires afin d’écarter une autre origine de la talalgie.

Quand faut-il consulter ?

Toutes les douleurs sous le talon ne sont pas des fasciites plantaires.
Une douleur persistante, particulièrement intense ou inhabituelle mérite donc une évaluation clinique.
 
Il faut être particulièrement attentif lorsque la douleur apparaît après un traumatisme important, lorsqu’elle empêche complètement l’appui, lorsqu’elle est présente de manière importante au repos ou pendant la nuit, lorsqu’elle s’accompagne d’un gonflement inhabituel ou lorsqu’elle ne suit pas l’évolution attendue malgré une prise en charge adaptée.
 
L’intérêt d’un bilan est justement de ne pas attribuer automatiquement toute talalgie à une épine calcanéenne simplement parce qu’une radiographie en montre une.
Une image radiologique doit toujours être confrontée à l’examen clinique et fonctionnel.
 

Fasciite plantaire : traiter la cause plutôt que combattre l’épine

La fasciite plantaire et l’épine calcanéenne illustrent finalement très bien la philosophie de l’orthokinésie.
Le patient arrive souvent en montrant son talon :
 
« J’ai mal ici. »
La radiographie montre parfois une épine :
« Voilà pourquoi j’ai mal. »
 
Mais notre travail consiste justement à aller plus loin.
Pourquoi le fascia a-t-il été soumis à cette contrainte ?
Comment le pied absorbe-t-il l’impact ?
Comment se comporte-t-il pendant la pronation ?
Parvient-il ensuite à se rigidifier pour propulser correctement ?
Le triceps sural est-il suffisamment souple ?
Existe-t-il une surcharge particulière pendant la marche ou la course ?
Et surtout, que pouvons-nous modifier pour que le fascia ne soit plus obligé de supporter cette surcharge à chaque pas ?
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L’approche OPS repose sur cette recherche.
L’activateur plantaire vise à guider le fonctionnement du pied sans chercher systématiquement à l’immobiliser. Les éléments permettent d’adapter la correction aux besoins du patient. Les zones de décharge protègent temporairement les régions douloureuses. Les sangles peuvent apporter une assistance supplémentaire lorsque certains mouvements ou certaines chaînes musculaires sont trop sollicités.
Mais aucun de ces outils ne constitue à lui seul le traitement.
 
Le véritable traitement est la stratégie qui les associe au bon moment et qui évolue avec le patient.
L’objectif n’est donc pas de fabriquer un pied dépendant d’une correction toujours plus importante. Il est au contraire de diminuer progressivement les contraintes pathologiques afin que le fascia puisse cicatriser et que le pied retrouve une fonction aussi efficace et autonome que possible.
 
C’est également pourquoi l’épine calcanéenne ne devrait pas être l’ennemi à combattre.
Elle peut être considérée comme la trace d’une histoire mécanique passée ou persistante. Elle peut rester visible alors que la douleur a disparu.
 
On ne soigne donc pas une radiographie. On soigne un patient, un fascia et surtout un pied en mouvement.
C’est toute la différence entre regarder l’endroit où le corps souffre et chercher à comprendre pourquoi il souffre à cet endroit.
 

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